Tokyo, entrée d’une station de métro, une adolescente prend la pose devant un attroupement d’hommes qui la mitraillent avec tout engin équipé d’une caméra. Un tract publicitaire en échange d’un sourire. Le marketing moderne a quelque chose d’obscène…
Chroniques japonaises #2
→ 0 Commentaire9 mars 2010 · Catégorie chroniques japonaises
Un Tramway… (film)
Après la déception de la version au théâtre mise en scène par Warlikowski (cf. infra), et avant de porter un jugement infondé sur le texte de Tennessee Williams (que je n’ai pas lu), j’ai vu le film éponyme signé Elia Kazan avec Vivien Leigh et Marlon Brando… Difficile de ne pas faire un parallèle entre (a) la platitude des personnages de la pièce où l’intrigue est centrée sur l’héroîne super-star, les autres personnages servant de décor à ce qui est vite devenu un défilé de mode et (b) les reliefs des personnages du films, la complexité de leurs interactions, l’évolution inexorable vers la folie et la contribution de chacun à cette dérive. D’un même texte, d’une même histoire, le théâtre (pourtant avantagé par une proximité et une liberté qui font défaut au cinéma) échoue là où le cinéma nous livre un film superbe. Warlikowski n’est pas Kazan… Le premier à éviter, le second à voir (note : 5/5)
→ 0 Commentaire9 mars 2010 · Catégorie ciné
Chroniques japonaises #1
Voici une nouvelle rubrique, chroniques japonaises, inspirée d’une série de photos prises lors de mon unique voyage dans ce pays fascinant. Et pour commencer, le japon ultra-moderne, celui grouillant qui ne dort jamais avec ce cliché du carrefour géant du quartier nocturne de Shibuya.
(carnet de voyage complet sur firas.fr)
→ 0 Commentaire1 mars 2010 · Catégorie chroniques japonaises
Shutter Island
Le dernier Scorsese avec DiCaprio vient de sortir. On regarde la bande annonce et on s’y précipite. Le début du film est à la hauteur des attentes, deux agents fédéraux viennent enquêter sur une disparition mystérieuse dans une île-prison pour criminels fous. La loi du silence y règne, les personnages ont tous des têtes étranges. Mais l’intrigue s’enlise et perd petit à petit en efficacité… S’y ajoute une pseudo-dimension historico-morale qui vient souvent comme un cheveu sur la soupe. On tourne en rond autour d’une fin « surprise » dans le style du 6ème Sens mais en moins bien. Au lieu d’une fin grandiose, on est finalement contents quand les lumières se rallument. Moyen. (note : 3/5)
→ 0 Commentaire27 février 2010 · Catégorie ciné
La Rumeur des Steppes
« René Cagnat, ancien diplomate, vit aujourd’hui dans cette zone de fracture qu’est l’Asie centrale et enseigne à l’université de Bichkek, en Kyrghyzie ». Les premiers mots de la quatrième de couverture disent déjà l’essentiel. Une fois qu’on a regardé une carte pour « se rappeler » où se trouve la Kyrghyzie (dont certains ne soupçonnaient pas l’existence avant d’avoir vu le mot), on commence timidement la lecture de cette histoire d’une zone méconnue du globe. L’écrivain n’est ni romancier ni un représentant de cette nouvelle espèce de faux aventuriers qui nous racontent des histoires de traversées de globe en chien de traineau (en oubliant de citer l’hélicoptère qui les transportait entre deux étapes). René Cagnat, passionné par les rencontres humaines, nous raconte cette région du globe qu’il a découverte il y a quelques décennies et à laquelle il a développé un attachement particulier. Des fresques historiques de Gengis Khan et Tamerlan aux conséquences encore visibles d’un siècle de communisme, l’histoire est racontée sans fioritures, parfois en désordre ou avec un petit côté mélodramatique qui traduit plutôt une spontanéité et un immense attachement qu’une réelle volonté de tomber dans l’affectif. Loin de la froideur d’un simple récit historique, l’auteur nous fait vivre une rencontre, souvent triste mais remplie d’humanité. Merci M. B. pour cette belle découverte. (note : 4/5)
→ 0 Commentaire22 février 2010 · Catégorie lecture
Persepolis
Marjane Satrapi nous raconte son histoire personnelle de la veille de la révolution iranienne à l’exil. Film animé adapté de la bande dessinée éponyme, à la fois drôle et émouvant, on y parcours, entre rires et larmes, les événements tragiques de la révolution et l’instauration de l’obscurantisme du régime des mollahs. Terriblement accrocheur malgré quelques longueurs. (note : 4/5)
→ 0 Commentaire18 février 2010 · Catégorie ciné
Valse avec Bachir
Valse avec Bachir raconte, à travers des bribes de mémoire de jeunes soldats israéliens, des fragments de l’invasion du Liban par Israël en 1982 pour y déloger l’OLP du jadis peu fréquentable Arafat. Le travail de mémoire (entre entretiens, flashbacks et souvenirs provoqués) est intéressant et la représentation animée qui en est faite esthétiquement accrocheuse. En revanche, la dimension historico-politique propre à toute guerre y est représentée d’une simplicité déconcertante : les israéliens sont venus nettoyer le Liban de « terroristes » sans visages et assistent, par un concours de circonstances, à un massacre de civils palestiniens perpétré sous leurs yeux par de méchants phalangistes… Comme ce monde parait si simple… On se demande alors si cette simplicité relève d’une vision personnelle du réalisateur, de l’inconscience collective qui a construit ce mythe ou de la propagande grossière. Peut-être un mélange des trois ? Dommage, ne s’agissant pas d’un Walt Disney, cette vision manichéenne et partiale d’un évènement d’une telle gravité nuit au travail d’ensemble. (note : 2/5)
→ 0 Commentaire17 février 2010 · Catégorie ciné
Un Tramway… (pièce)
Warlikowski, le metteur en scène star hyper-médiatisé de ces dernières années, revient au Théâtre de l’Odéon avec une adaptation d’Un Tramway Nommé Désir de Tennessee Williams. Et, comme pour toutes les stars, on peut aimer par goût ou par effet de mode, ou bien on peut ne pas aimer parce que les paillettes ne suffisent pas toujours pour faire vibrer une salle de spectateurs attentifs. Pourtant, l’affiche était alléchante : un texte revisité par Wajdi Mouawad et une héroïne incarnée par Isabelle Huppert en personne. Si on reconnait la touche Warlikowski dans la mise en scène (néons, décors minimalistes et épurés, un espace unique transformable à souhait, …), la pièce tourne vite en un défilé de mode d’une Isabelle Huppert (habillée par YSL et Dior, comme le précise bien le livret d’accueil) qui en fait presque un peu trop… On ne s’ennuie pas (comme c’était le cas pour Angels in America du même metteur en scène) mais le destin tragique de l’héroïne nous laisse indifférents… Les applaudissements sont (très) timides, la salle est déçue, c’est « bien » mais ça manque d’authenticité et de tripes… (note : 2/5)
→ 0 Commentaire15 février 2010 · Catégorie théâtre
Le Docteur Jivago (roman)
Boris Pasternak raconte une épopée dans le pur style russe : un destin hors du commun, une enfance qui pose les germes de la tragédie et une vie en apparence normale (dans le décor historique qui est le sien) mais qui magnifie les évènements qu’elle traverse. Iouri Jivago est ainsi l’homme qui a des idéaux progressiste mais qui, comme tant d’autre, comme l’intelligence même, sera brisé par la barbarie d’une révolution bolchévique sanguinaire. Un grand roman dans la lignée d’un Dostoïevski ou d’un Tolstoï… et un prix Nobel (refusé) pour rassurer ceux qui font confiance aux titres de noblesse. Un classique incontournable. (note : 5/5)
→ 0 Commentaire14 février 2010 · Catégorie lecture
Tsar
Après l’Ile, Pavel Lounguine reste sur sa lancée mystique pour mettre en images le règne d’Ivan le Terrible qui, entre paranoïa et démence, met la Russie du XVIème siècle à feu et à sang. Piotr Mamonov qui a accompagné Lounguine dans plusieurs films (Taxi Blues, l’Ile) est fascinant dans le rôle du Tsar fou qui voit le jugement dernier se profiler dans chacun de ses actes. Film surprenant qui ne cède en rien à une violence facile et qui nous laisse cloués à notre siège pendant deux heures sans voir le temps passer. (note : 4/5)
→ 0 Commentaire3 février 2010 · Catégorie ciné
…
La poésie est de retour, avec ces quelques vers de Nadia Tuéni
« Douce douce odeur du silence
il pleut dans mes yeux cette nuit
le ciel est un ruban usé,
l’étoile une bête qui fuit. »
Nadia Tuéni, Jardinier de ma Mémoire
→ 0 Commentaire25 novembre 2009 · Catégorie poésie
Les Démons (la pièce)
Après Vie et Destin en 2008, le MC93 de Bobigny rend cette année hommage à Lev Dodine (metteur en scène et directeur du Maly Drama Théâtre de Saint-Petersbourg) par une rétrospective sur l’ensemble de son œuvre. C’est ainsi que l’adaptation du roman éponyme de Dostoïevski d’une durée de 7 heures créée en 1991 a eu droit à une nouvelle vie. Si 7 heures de spectacle peuvent laisser sceptique sur la capacité à garder une salle comble en éveil, Lev Dodine nous donne la démonstration que non seulement c’est possible, mais que le temps peut filer à une incroyable vitesse et que le spectateur se laisse volontiers emporter dans la vie destructrice de ces « possédés » dont la folie est toujours d’actualité. Si le roman de Dostoïevski n’est pas à présenter, cette deuxième pièce de Lev Dodine que j’ai le plaisir de voir semble confirmer qu’on est en présence d’un metteur en scène et une troupe à suivre. (note : 5/5)
→ 0 Commentaire15 novembre 2009 · Catégorie théâtre
L’Enigme de Kaspar Hauser
Werner Herzog raconte une histoire étrange tirée d’un fait réel : à Nuremberg au XIX siècle, un homme adulte qui avait passé sa vie enfermé dans un cachot coupé de tout contact humain est retrouvé sur la place du village. Un comte bienveillant essaye de le ramener à l’humanité en lui enseignant à lire, écrire et se tenir dans une société dont il critique candidement les simagrées. Il commence même à apprendre à rêver jusqu’à ce que les vieux démons le rattrapent. A voir. (note : 4/5)
→ 0 Commentaire11 novembre 2009 · Catégorie ciné
Vol au-dessus d’un nid de coucou
Heureusement que certaines lacunes peuvent êtres comblées et voir ce chef d’œuvre de Milos Forman en fait partie. Jack Nicholson se fait interner pour échapper à la prison… et se prend d’affection pour ce petit monde qu’une infirmière stricte mène à la baguette… jusqu’à y rester plus longtemps que prévu. Un rôle que seul Nicholson pouvait jouer. A voir. (note : 5/5)
→ 0 Commentaire1 novembre 2009 · Catégorie ciné
Thirst
Park Can-Wook, réalisateur de la sublime trilogie violente : Sympathy for Mr Vengeance, Lady Vengeance et Old Boy, revient avec un banal film de vampires dont le manque d’originalité, la prévisibilité des scènes et la longueur le transforment en une rencontre avec l’ennui… Sans s’attarder sur cet enchainement d’images qui donne une impression de brouillon, vous l’aurez compris : fuyez ! (note : 1/5)
→ 0 Commentaire7 octobre 2009 · Catégorie ciné
Numéro 9
Le film d’animation Numéro 9 (produit, et non pas réalisé par Tim Burton) nous plonge dans une atmosphère sombre et métallique de fin du monde tout en gardant un côté attachant et poétique grâce à ces créatures miniatures aux traits basiques mais étonnamment expressifs. Si le scénario offre peu d’originalité, l’ambiance de ce film indépendant est suffisante à faire passer un bon moment et nous faire regretter une durée si courte (1h20). (note : 4/5)
→ 0 Commentaire16 septembre 2009 · Catégorie ciné
C’est moi qui souligne
Nina Berborova, dans sa préface à l’édition française de son autobiographie, commence par la recherche d’un mot dont on ne comprendra la portée de 500 pages plus loin. Un mot qu’elle illustre par la relation sur plus d’un siècle et demi entre les intellectuels russes et français. Ce mot, la « nécessité », traduit à merveille son besoin d’écrire qu’elle partage avec nous dans cette autobiographie hors du commun. Nous sommes en effet à l’opposé d’un étalage incontrôlé d’émotions et de situations personnelles qui réveilleraient un voyeurisme primaire dans tout un chacun… nous sommes également loin d’une tentative de re-raconter l’Histoire, tentation facile pour un personnage qui a vécu plusieurs évènements marquants du XX siècle. Au lieu de tout cela, Berberova nous met dans une bulle (évidemment personnelle) et nous fait voyager avec elle à travers les lieux et les époques : le Pétersbourg d’avant la révolution, la révolution russe de 1917, le Paris (russe et non russe) d’avant-guerre, la deuxième guerre mondiale à travers ses impressions d’un petit village perdu dans l’Ile-de-France, et le dernier voyage au nouveau monde. Elle nous raconte sa vie comme une rencontre… avec des grandes figures de la littérature russe, avec le temps, avec elle-même. Bref, un de ces livres fabuleux qu’on regrette de ne pas avoir lu plus tôt. (note : 5/5)
→ 0 Commentaire7 septembre 2009 · Catégorie lecture
Inglourious Basterds
Quentin Tarantino revient avec un film dans le genre qu’il manie à merveille : une épopée loufoque et sauvage où on rit en se cachant les yeux devant l’horreur de certaines images, tout cela dans un rythme qui alterne les plans en longueur (comme on les aime) et les scènes d’action débridées et une excellente maitrise des images et des dialogues. Bref, même si on frôle parfois le mauvais goût, on est en face d’un excellent Tarantino qu’on regarde avec plaisir sans voir les 2h30 passer. (note : 4/5)
→ 0 Commentaire25 août 2009 · Catégorie ciné
Chinatown
Ce film culte de Roman Polanski tourné en 1974 se passe dans le Los Angeles des années 30 où Jack Nicholson joue le rôle d’un détective privé qui s’obstine à mener une enquête aux ramifications inattendues. Dans la vraie tradition des films noirs , Chinatown nous plonge rapidement dans une étrange énigme où chaque personnage semble avoir un jeu à cacher. Les cartes s’abattent petit à petit jusqu’à la scène finale qui nous rappelle que Hollywood (même si c’est Polanski) n’a pas toujours produit des comptes de fées où on s’embrasse à la fin. Superbe (note : 4/5)
→ 0 Commentaire7 juillet 2009 · Catégorie ciné
L’Affaire Kravtchenko
Nina Berberova faisait partie des écrivains et journalistes qui ont couvert le célèbre procès Kravtchenko qui, en 1949, a opposé un ancien haut fonctionnaire soviétique qui « est passé à l’Ouest » (Viktor Kravtchenko) à la revue communiste Les Letres Françaises. Kravtechenko, auteur d’un livre J’Ai Choisi La Liberté où il raconte la réalité du régime soviétique telle qu’il l’a vécue (le Parti, les purges, les camps, etc.) avait assigné la revue communiste pour diffamation après que celle ci eu publié plusieurs articles traitant l’auteur de menteur, traître et autre épithètes du même calibre. D’un simple procès en diffamation, le Tribunal parisien est devenu une tribune où il s’agissait de prouver que l’Union Soviétique était la dicature que décrivait le dissident alors que les communistes français (dont des prix Nobel et des députés), fidèles à la ligne du Parti, clamaient haut et fort que les millions de soviétiques étaient les plus heureux du monde. Nina Berberova raconte ce procès comme elle l’a vécue en tant qu’émigrée et journaliste russe, consternée par l’aveuglement et les mensonges de la défense, avec un parti pris mais une efficacité certaine.
Le fait historique (et le dégoût que suscitent les communistes français de l’époque) ainsi que le livre de Kravtchenko dont il est question (et dont la lecture est antérieure à l’existence de ce blog), valent sans aucun doute le détour. (note : 4/5)
→ 1 Commentaire28 mai 2009 · Catégorie lecture